Historique de l'OCCE

L'apparition des courants coopératifs, mutualistes et associatifs marque la fin du XIXème siècle. Les années qui suivent la promulgation des lois Jules Ferry, déclarant l'école publique laïque et gratuite, voient naître les premiers essais de coopératives scolaires.

Naissance de la coopérative scolaire

La genèse de la Coopération scolaire est concomitante de la naissance des mouvements coopératifs. C'est à la fin du 19ème siècle que les mouvements ouvriers progressistes revendiquent une coopération (Cf. naissance des mutuelles)1

L'apparition des courants coopératifs, mutualistes et associatifs (fondements de ce que l'on appelle actuellement «l'économie sociale») marque la fin du XIXème siècle. C'est tout naturellement dans cette mouvance que la coopération scolaire va, au fil des ans, trouver sa place. Les années qui suivent la promulgation des lois Jules Ferry, déclarant l'école publique laïque et gratuite, voient naître les premiers essais de coopératives scolaires.

En 1899, un appel lancé en faveur de la coopération scolaire dans l'Almanach de la Coopération Française la fait reconnaître. Le vote de la loi de 1901 va officialiser le droit de s'associer et favoriser l'essor des associations «à but non lucratif».

En 1922, alors que le mouvement associatif est essentiellement représenté par la Ligue de l'Enseignement fondée par Jean Macé, une Commission Nationale de l'Enseignement de la Coopération est créée par la Fédération Nationale des Coopératives de Consommation. Deux courants s'opposent alors : Emile Bugnon, fondateur des «Coopératives de Lorraine», sous l'impulsion de Charles Gide, pensait utiliser les coopératives scolaires pour pallier les insuffisances économiques.

Barthélémy Profit, sans rejeter les idées de son collègue inspecteur, souhaitait leur donner une part d'autonomie par rapport à la Fédération Nationale des Coopératives de Consommation. Il n'hésitait pas à parler de «cette petite république qu'est la coopérative».

La coopération scolaire s'élabore dans ce contexte socio-économique.

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Deux grandes figures du mouvement coopératif scolaire

Emile Bugnon et Barthélemy Profit : le débat sur la question de l'articulation des préoccupations économiques et pédagogiques.

Du point de vue institutionnel, la coopération scolaire date de la fin de la 1ère guerre mondiale. Les instituteurs mettent en place dans leurs classes, des petites structures pour aider les plus défavorisés. La pratique de la solidarité dans le cadre scolaire se met en place.

C'est exactement le 7 avril 1928, à la Maison de la coopération, boulevard du Temple à Paris, que fut fondé l'Office Central des coopératives Scolaires.

Cette date historique correspond à une étape dans la vie coopérative. Quelques années auparavant, en 1922 à Marseille, un congrès de la Fédération Nationale des coopératives de consommation avait chargé son conseil de créer une commission permanente pour l'enseignement de la coopération.

C'est Emile Bugnon, Inspecteur Primaire, détaché à la puissante Union des Coopérateurs de Lorraine qui en assure la présidence.

A la même époque, mais sur une voie différente, se développe l'action de Barthélemy Profit qui voit dans les coopératives, essentiellement, un instrument d'éducation grâce auquel l'école devient une association d'enfants se disciplinant eux-mêmes pour prendre en charge l'amélioration de leurs conditions de vie et le progrès général de la classe tant au point de vue matériel qu'au point de vue moral.

Ainsi Profit définit avec beaucoup de netteté la coopération scolaire comme doctrine d'Éducation morale et institution coopérative.

Mais il s'oppose violemment à Emile Bugnon, en refusant obstinément d'envisager la coopération comme fait économique. II va même jusqu'à émettre des soupçons injurieux sur l'utilisation des fonds collectés pour les coopératives et en demander "Où va l'argent ? ". Cette obstination eut de regrettables conséquences. En effet, pendant longtemps, elle divisa les pédagogues, les uns voyant avant tout dans la coopérative un moyen de procurer des ressources à une école qui en était encore fort démunie, les autres ne voulant considérer que la formation morale que l'école active organisée en coopérative pouvait donner aux élèves. Par suite de ce désaccord l'action de B. Profit n'eut pas tous les effets souhaitables et il a fallu attendre ces dernières années pour que son apport décisif s'intègre pleinement dans la doctrine de la coopération scolaire, en même temps que celui d'Emile Bugnon et de Célestin Freinet. Dès 1932, il attirait l'attention de ses camarades de l'école moderne sur cette forme plus spécialement pédagogique qu'est l'organisation du travail grâce à la coopérative. Tout au long d'une activité militante incessante il montra que, par la vie coopérative, se réalise une complète transformation des perspectives éducatives. La coopérative n'est pas seulement dans l'école. Elle est l'école même. Ainsi, autour de l'idée de coopération scolaire, s'est développé tout un riche foisonnement de réflexions pédagogiques et éducatives. Ce développement se poursuit aujourd'hui, et la revue de l'OCCE comme les bulletins départementaux en portent témoignage.

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Le Congrès de Tours de 1948

Mais revenons à notre sommaire rétrospective. Créé en 1928, l'Office Central des coopératives Scolaires se transforme le 24 octobre 1929 en Office Central de la coopération à l'école. II est placé sous la triple présidence d'honneur de Ferdinand Buisson, de Charles Gide et d'Albert Thomas, patronage hautement significatif de l'orientation éducative de la coopération scolaire et de sa volonté d'assumer, selon la formule même de l'école de la III° république, la formation de l'homme, du citoyen et du travailleur.

Dès lors, l'Office Central se développa progressivement. Un conflit avec le Ministre de l'Instruction Publique qui entendait subordonner étroitement les coopératives à son autorité vint, en 1930, paralyser momentanément son action. II était interdit à l'Office Central de communiquer directement avec les inspecteurs et avec les instituteurs. Au début de 1936, Anatole de Monzie leva cette interdiction, et l'Office put reprendre ses activités. Pour peu de temps puisque ses activités sont interdites en 1940 et que son bureau, au musée pédagogique, est placé sous scellé. Apres la guerre, l'Office Central se reconstitue. Il tient un Congrès extraordinaire à l'Ecole Normale d'instituteurs d'Auteuil, le 6 juillet 1946. Puis en 1948, au congrès de Tours, il adopte une définition de la coopération scolaire, dont la pertinence et la portée ont été confirmées 25 ans plus tard, dans un second Congrès de Tours.

Depuis cette date, l'OCCE a poursuivi son action, créant des sections - à l'activité malheureusement inégale - dans tous les départements, tenant des congrès pédagogiques régulièrement suivis, organisant des congrès des jeunes coopérateurs, animant au niveau national ou départemental de multiples stages, publiant une documentation sur toutes les formes d'activités coopératives (de la philatélie à la protection de la nature, en passant par les voyages scolaires).

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Les phases caractéristiques de l'évolution de la coopération scolaire

Dans une lettre qu'il nous a écrite récemment, André Gourdon, l'un des vétérans de la coopération scolaire, toujours actif et enthousiaste Évoquait les phases caractéristiques de l'évolution du mouvement de coopération scolaire.

II y a d'abord eu une phase dominée par des préoccupations de caractère économique. Les coopératives "filles de misère" selon le mot de B. Profit, faisaient face aux insuffisances de leur équipement, en se procurant des ressources (fêtes scolaires, tombolas, expositions ventes) et le principal de l'activité des jeunes coopérateurs Était tourné vers l'accumulation de fonds, entreprise collective dans un but également collectif.

Dans les meilleurs des cas, les élèves par l'intermédiaire de leur trésorier, étaient associés à la gestion de l'entreprise. II y avait incontestablement dans cette action une initiative à la vie économique - menacée toutefois par les dangers du mercantilisme et une formation civique et sociale. Mais pas de modification pédagogique réelle. On en restait à une pédagogie de "type autoritaire" centrée sur les programmes et sur les maîtres. Avec des formes diverses généralement atténuées de ce type.

Elle est pleinement reconnue sous le Front Populaire (Jean Zay) puis mise en sommeil sous le gouvernement de Vichy.

En 1945, Langevin Wallon la relance grâce à l'Éducation nouvelle renaissance des mouvements pédagogiques.

En 1968, le congrès national de l'OCCE confirme cette orientation pédagogique : il faut "changer l'institution scolaire" (la façon dont on enseigne à nos élèves) pour "changer la société" (solidarité-entraide, respect de l'autre, tolérance).

En 1984, le congrès de Limoges lance le Projet coopératif en s'appuyant sur les "droits et le statut de l'enfant'' et fonde les grands principes qui guident notre action.

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